La grandeur de la cour abbasside, si éblouissante à son apogée, céda la place aux Xe et XIe siècles à une période de fragmentation et de crise. La famille, autrefois souveraine incontestée du monde islamique, vit désormais son autorité constamment érodée par la dissension interne et les menaces externes. Les archives administratives et les chroniques contemporaines de cette période révèlent une dynastie minée par une faiblesse en son cœur même, ses fondations déstabilisées par des loyautés changeantes et une instabilité chronique.
Les descriptions atmosphériques des manuels de cour et des récits de voyageurs évoquent la magnificence passée de Bagdad abbasside. Autrefois, les palais califaux le long du Tigre scintillaient de cours de marbre, de fontaines en mosaïque et de jardins parfumés – symboles de la richesse d'un empire unifié. Au milieu du Xe siècle, cependant, les preuves issues des relevés architecturaux et des sources littéraires suggèrent que ces mêmes salles étaient partiellement abandonnées, leurs stucs complexes ternis par la négligence. Les célèbres processions cérémonielles, méticuleusement décrites dans les périodes antérieures, devinrent des démonstrations de plus en plus creuses, les califes traversant des rues bordées moins de sujets adorateurs que de soldats méfiants et de dignitaires suspicieux.
Un facteur critique du déclin fut l'autonomie croissante des gouverneurs provinciaux et des commandants militaires. L'ascension des soldats esclaves turcs, ou mamelouks, initialement destinés à servir de gardes du corps loyaux, introduisit de nouvelles dynamiques à la cour. Au fil du temps, ces commandants accumulèrent leurs propres bases de pouvoir, agissant souvent indépendamment de la volonté du calife. Les documents de cour du règne d'al-Muqtadir (908–932) illustrent à quel point l'autorité du calife était devenue l'ombre d'elle-même, le pouvoir réel étant exercé par des hommes forts militaires et des vizirs. La bureaucratie palatiale, autrefois réputée pour son efficacité et sa portée cosmopolite, devint lourde et corrompue, comme en témoignent les plaintes contemporaines d'extorsion et de corruption. Les registres de paie militaires, conservés dans des archives partielles, révèlent des coûts croissants et des arriérés fréquents, alimentant le mécontentement parmi les forces mêmes censées assurer le règne de la dynastie.
Les registres familiaux et les documents juridiques indiquent une série de crises de succession qui sapèrent davantage la dynastie. La pratique de désigner plusieurs héritiers, parfois sous la pression de factions de cour concurrentes, conduisit à des luttes intestines amères. Dans plusieurs cas, des frères ou des cousins furent emprisonnés, aveuglés ou exécutés pour éliminer des rivaux. La paranoïa et la brutalité documentées dans ces épisodes laissèrent de profondes cicatrices sur la mémoire collective de la famille, comme en témoignent les lamentations des chroniqueurs ultérieurs sur la perte d'unité et de confiance. La cour, autrefois un lieu d'étiquette raffinée et de discours savant, devint plutôt un site d'intrigue, où la rumeur et la suspicion dictaient le destin des princes. Les récits de l'époque décrivent l'utilisation fréquente d'eunuques de palais et d'espions, dont les rapports alimentaient des cycles d'accusation et de représailles.
Les menaces externes aggravèrent ces faiblesses internes. Les Bouyides, une dynastie chiite persane, prirent le contrôle de Bagdad en 945, reléguant les califes abbassides au statut de figures de proue cérémonielles. Les chroniques de l'époque décrivent le rôle diminué du calife, présidant des rituels mais possédant peu d'autorité réelle. Les émirs bouyides, régnant depuis leurs propres quartiers fortifiés, dictaient les nominations et la politique. Les cérémonies religieuses qui attiraient autrefois l'élite de l'empire servaient désormais principalement à légitimer le régime bouyide, les rituels de cour ayant perdu leur ancienne signification politique. Les Seldjoukides, arrivant au XIe siècle, restaurèrent brièvement une certaine mesure de pouvoir au califat, mais seulement comme un symbole légitimant pour leur propre règne. Les sultans seldjoukides, et non les califes abbassides, commandaient les armées et administraient la justice, comme le confirment les décrets administratifs et le témoignage des envoyés étrangers.
Les troubles économiques exacerbèrent la situation de la famille. Les registres fiscaux et les rapports de marché indiquent une base de revenus en diminution, à mesure que les provinces échappaient au contrôle central et que les routes commerciales se déplaçaient. La perte de régions lucratives, telles que l'Égypte et le Maghreb, priva la cour de revenus vitaux, forçant la vente de trésors et de terres palatiaux. Les palais autrefois magnifiques de Bagdad tombèrent en ruine, leurs façades de marbre ébréchées et leurs jardins envahis. Les poètes contemporains, écrivant sur les « mauvaises herbes parmi les colonnes », capturent le sentiment de déclin qui imprégnait la ville. La cour, autrefois un centre de savoir et de patronage, devint le théâtre d'intrigues et de désespoir. Les bibliothèques et les écoles souffrirent du manque de fonds, leurs collections dispersées ou laissées à l'abandon, comme le corroborent les inventaires et les registres de dotation.
Le déclin de la dynastie fut marqué par des épisodes de violence et d'humiliation. Les chroniqueurs racontent le meurtre de califes par des gardes du palais, le pillage du trésor et la profanation de tombes familiales. Le sac de Bagdad par les Seldjoukides en 1055, puis par les Khwarazmiens, révéla la vulnérabilité de la maison autrefois puissante. La ville, qui avait été un phare de la civilisation islamique, devint l'enjeu des luttes entre factions rivales. Des mosquées en ruine et des marchés pillés témoignaient du chaos qui suivit chaque bouleversement.
Des vérités inconfortables abondent dans cette période : la folie de certains souverains, la décadence de la cour et la volonté des membres de la famille de se trahir mutuellement pour un avantage éphémère. Le nom abbasside, autrefois symbole d'unité et de foi, devint un pion entre les mains de seigneurs de guerre et de puissances étrangères. Les registres généalogiques révèlent la prolifération de prétendants au califat, chacun cherchant le soutien de dirigeants régionaux ou d'envahisseurs étrangers. L'incapacité de la famille à présenter un front uni sapait tout espoir de restaurer une autorité véritable.
À l'aube du XIIIe siècle, une nouvelle menace existentielle se profilait à l'horizon. Les Mongols, avançant de l'Est, posaient un défi sans précédent pour la famille. Le dernier calife abbasside, al-Musta'sim, présidait une cour divisée et mal préparée. Les chroniqueurs notent l'absence de réformes militaires significatives ou de démarches diplomatiques au cours de ces dernières années, alors que les conseillers se querellaient et que les ressources diminuaient. La scène était prête pour une catastrophe qui non seulement mettrait fin au pouvoir temporel de la dynastie, mais modifierait à jamais le cours de l'histoire islamique.