La mort de Moulay Ismail en 1727 marqua le début d'une ère turbulente pour la dynastie Alaouite, inaugurant une période de fragmentation et d'incertitude que les historiens ont qualifiée d'« anarchie des sultans ». L'emprise auparavant inébranlable de la monarchie se relâcha, alors que les nombreux fils d'Ismail – les chroniqueurs en comptent plus d'une centaine – se disputaient le trône. L'absence d'un plan de succession clair transforma la cour royale en un espace contesté et périlleux. Les sources contemporaines, y compris les chroniques marocaines et les mémoires d'observateurs étrangers, enregistrent une succession de prétendants – plus d'une douzaine en quelques décennies – qui s'emparèrent du pouvoir par des alliances, la subterfuge et la force, pour être rapidement supplantés par des rivaux. Le siège même du gouvernement devint une porte tournante, les sultans se succédant avec une rapidité vertigineuse.
Au milieu de cette tourmente, la ville de Meknès, récemment transformée sous Ismail en une capitale palatiale de grandeur nord-africaine, fut témoin des conséquences de la discorde dynastique. Le vaste complexe impérial – avec ses vastes cours, ses portes monumentales et son travail de carrelage complexe – devint le théâtre de couronnements hâtifs, de conseils précipités et de complots. Les preuves issues des archives de la cour et des études architecturales démontrent comment les routines autrefois ordonnées du palais cédèrent la place à une atmosphère de suspicion. La Garde noire, un puissant corps de soldats asservis établi par Ismail et autrefois l'épine dorsale de son régime, se fractura en factions rivales. Chaque prince cherchait à s'assurer la loyauté de sections de la garde, souvent par des pots-de-vin ou des promesses de récompenses futures. Les historiens examinant les registres de paie et les plaintes contemporaines ont retracé un modèle d'allégeances changeantes, avec des bandes de gardes se retirant dans des quartiers fortifiés et s'engageant dans des luttes sanglantes pour déterminer le sort du trône.
Cette rupture de l'autorité centrale se répercuta dans tout le royaume. Les gouverneurs provinciaux, autrefois étroitement contrôlés depuis Meknès, commencèrent à affirmer une plus grande autonomie. Des lettres conservées dans les archives locales révèlent que certains retenaient les recettes fiscales, tandis que d'autres bafouaient ouvertement les édits royaux. L'affaiblissement du centre sultanien enhardit les hommes forts locaux et les confédérations tribales, qui réaffirmèrent leur contrôle sur leurs territoires. Le vide administratif qui en résulta entraîna une anarchie généralisée dans les campagnes. Des rapports de marchands et de voyageurs décrivent les dangers croissants des routes, les routes caravanières étant régulièrement perturbées par le banditisme et l'extorsion.
Des pressions externes aggravèrent ces difficultés internes. Les XVIIIe et XIXe siècles furent marqués par la présence croissante des puissances européennes le long du littoral marocain. La perte de Mazagan en 1769 au profit des Portugais, largement documentée dans les sources marocaines et européennes, exposa la vulnérabilité des défenses marocaines. La correspondance diplomatique de l'époque atteste d'une pression croissante de la France, de l'Espagne et de la Grande-Bretagne, dont les flottes patrouillaient les côtes et dont les consuls réclamaient des privilèges commerciaux et des droits d'extraterritorialité. Les marchands et consuls européens établirent des enclaves dans les villes portuaires clés, érodant davantage l'autorité du sultan et introduisant de nouveaux courants d'intrigue diplomatique.
Les difficultés économiques aggravèrent le malaise. Le déclin du commerce caravanier transsaharien, miné par les nouvelles routes maritimes atlantiques, réduisit le flux d'or et d'esclaves vers le Maroc. Les registres du trésor notent des déficits répétés, entraînant des dévaluations de la monnaie – des pièces de cuivre adultérées avec des métaux vils – et des emprunts forcés extorqués aux communautés marchandes juives et musulmanes. Le mécontentement populaire couvait dans les villes comme dans les campagnes. Les chroniqueurs relatent des pénuries alimentaires, des épidémies et des soulèvements paysans face à la hausse des impôts et aux mauvaises récoltes. L'effet cumulatif fut une société sous forte tension, la légitimité de la dynastie étant de plus en plus remise en question.
Au sein de la famille royale, le cycle de suspicion et de violence devint un modèle enraciné. Des récits contemporains décrivent comment les princes étaient régulièrement emprisonnés, aveuglés ou exécutés pour éliminer les rivaux, et comment les exils vers des kasbahs isolées devinrent monnaie courante. Le sentiment de sanction divine et de descendance chérifienne – qui protégeait autrefois les Alaouites de la critique – ne suffisait plus à maintenir l'ordre ou à inspirer la loyauté. Au lieu de cela, un climat de peur et de méfiance prévalait au sein du palais et au-delà, chaque nouveau souverain cherchant à purger la cour des potentiels challengers.
Néanmoins, des périodes de réforme et de consolidation ponctuèrent le déclin. Le règne de Moulay Sulayman (1792-1822) se distingue dans les archives marocaines et européennes par ses tentatives de recentralisation et de renouveau religieux. Sulayman promut l'islam orthodoxe et chercha à réduire l'influence étrangère, expulsant les marchands européens de certains ports et tentant de réaffirmer l'autorité de l'État. Pourtant, ces réformes furent constamment sapées par des intérêts régionaux enracinés, la portée limitée de l'État et des crises fiscales persistantes. Les documents de la cour citent des luttes répétées pour faire appliquer les décrets au-delà des environs immédiats de la capitale, tandis que les correspondances avec les notables provinciaux révèlent une résistance continue à la centralisation.
La vulnérabilité de la dynastie fut clairement exposée sous le règne du Sultan Abd al-Rahman (1822-1859). Son implication dans le soutien à la résistance algérienne contre l'expansion française provoqua la colère de la France, culminant avec la défaite catastrophique à la bataille d'Isly en 1844. Des rapports officiels et des dépêches européennes documentent le traité de Tanger qui s'ensuivit, imposant des conditions sévères au Maroc, y compris des concessions territoriales et le paiement de lourdes réparations. L'humiliation de cette défaite se répercuta dans la société marocaine, sapant le prestige du sultan et enhardissant davantage la dissidence interne.
Alors que le XIXe siècle touchait à sa fin, ces schémas de perte territoriale, d'humiliation diplomatique et de troubles internes s'intensifièrent. L'autorité de la dynastie fut encore érodée par les empiètements des puissances coloniales européennes, qui discutaient désormais ouvertement du partage du Maroc. Au moment de l'imposition du Protectorat français en 1912, le sultan alaouite était réduit à un rôle de figure de proue, son autorité étant fortement circonscrite par les administrateurs coloniaux. La dynastie jadis puissante était désormais confrontée à la tâche de survivre – de préserver son rôle symbolique et de chercher des voies de renouveau dans un monde en rapide mutation. Les observateurs contemporains et les historiens ultérieurs ont tous noté que son endurance, même face à une adversité écrasante, s'avérerait critique pour l'émergence éventuelle d'un État marocain moderne.