Les XVIIe et début du XVIIIe siècles marquèrent l'âge d'or de la Maison de Bolkiah. Durant cette période, la dynastie présida un empire maritime dont l'influence s'étendait sur de vastes portions du nord de Bornéo et profondément dans l'archipel de Sulu, avec des relations tributaires atteignant des entités politiques lointaines de la péninsule malaise et des îles du sud des Philippines. Les archives contemporaines, y compris les rapports commerciaux chinois et les journaux d'envoyés espagnols et hollandais, décrivent constamment une cour d'une opulence remarquable, d'un rituel strict et d'une hiérarchie soigneusement chorégraphiée. Au sommet se tenait le sultan, dont l'autorité rayonnait à travers un ordre méticuleusement structuré de nobles, d'érudits religieux (oulémas) et de vassaux, chacun lié par des obligations de loyauté et de protocole.
Au cœur de cette ère se trouvaient des souverains tels que le Sultan Hassan et le Sultan Muhammad Ali, dont les règnes sont rappelés pour l'expansion territoriale et l'épanouissement culturel. Les preuves architecturales et archéologiques de cette période indiquent des changements spectaculaires dans le paysage urbain de Brunei, en particulier le quartier royal de Kampong Ayer, le célèbre « village sur l'eau ». Des mosquées en pierre, rares aux siècles précédents, commencèrent à s'élever aux côtés des structures traditionnelles en bois. Les palais royaux, ou istana, étaient des sites d'un artisanat exceptionnel. Le Balai du Sultan Hassan, en particulier, est cité dans les chroniques locales et les récits de visiteurs européens pour ses panneaux de bois sculptés affichant des motifs de flore et de géométrie, ses dômes dorés scintillant au-dessus de la rivière, et ses sols en mosaïque incrustés de céramiques importées et d'incrustations de coquillages locaux. Les rapports de voyageurs de l'époque décrivent la vue du palais à l'aube, son reflet scintillant dans l'eau, entouré de flottilles de bateaux royaux ornés de bannières et de baldaquins.
La vie cérémonielle de la cour atteignit des sommets de splendeur sans précédent sous les sultans Bolkiah. Les festivals annuels—tels que les célébrations marquant la fin du Ramadan ou l'accession du sultan—étaient marqués par des processions élaborées. Les archives historiques révèlent que ces processions, impliquant des centaines de courtisans et d'assistants, se déplaçaient à travers les voies navigables et les salles cérémonielles selon une séquence soigneusement ordonnée dictée par le rang et la lignée. Les cérémonies d'investiture pour les nobles et les fonctionnaires étaient des occasions de faste intense, avec la présentation de robes de soie, d'insignes royaux en or et de symboles de fonction. La personne du sultan était voilée de rituel : les audiences étaient strictement contrôlées, avec des protocoles élaborés régissant les gestes, la parole, et même l'arrangement des tapis et des coussins dans la chambre d'audience. De tels rituels, comme en témoignent à la fois les hikayat malais (chroniques) et les rapports des envoyés étrangers, renforçaient l'aura sacrée de la dynastie et rappelaient à tous les présents l'autorité divinement sanctionnée du sultan.
Cette ère fut remarquable non seulement pour sa richesse matérielle mais aussi pour un épanouissement de la vie intellectuelle et artistique. Les membres de la famille Bolkiah et leurs ministres en chef patronnèrent la compilation de généalogies, la copie et l'enluminure de manuscrits coraniques, et l'importation d'érudits de Java, Sumatra et du monde islamique plus large. Les documents subsistants indiquent que la cour devint un centre régional pour l'étude du droit islamique (fiqh), du mysticisme soufi et de la littérature malaise classique. Les sultans commandèrent des œuvres de poésie et des chroniques, dont certaines—comme le Silsilah Raja-Raja Brunei—survivent dans les archives royales. Les artisans de la cour produisirent des textiles finement tissés, des kris (poignards) cérémoniels et des bijoux façonnés à partir d'or et de pierres précieuses importées. Le patronage de la cour s'étendait à la musique et à la danse, des registres suggérant que des représentations accompagnaient les grandes cérémonies, mêlant formes indigènes et importées.
Pourtant, sous la surface éblouissante, la cour était le théâtre d'intrigues et de rivalités persistantes. La concentration croissante du pouvoir au sein de la famille royale nourrissait à la fois l'ambition et la suspicion. Les chroniques malaises et les observateurs européens rapportent des disputes de succession répétées, alors que des princes rivaux manœuvraient pour l'influence, cherchant parfois le soutien de nobles puissants ou d'alliés étrangers. L'assassinat du Sultan Muhammad Ali en 1661, documenté par les scribes de la cour et repris dans des sources espagnoles et hollandaises, marqua une crise dramatique qui menaça la stabilité même de l'État Bolkiah. La lutte de pouvoir qui en résulta conduisit au règne bref et turbulent du Sultan Abdul Hakkul Mubin et à une guerre civile qui dévasta des sections de la capitale et força la cour à se relocaliser temporairement dans la forteresse de Pulau Chermin. Les récits de cette période notent des destructions généralisées, l'incendie de résidences et la perturbation du commerce et de la vie quotidienne.
Ces bouleversements entraînèrent une série de réformes structurelles. Le rétablissement de l'ordre sous le Sultan Muhyiddin, qui émergea de la guerre civile comme le souverain incontesté, est cité dans les documents de la cour comme un tournant. Par la suite, la cour mit en œuvre des protocoles de succession plus stricts, codifiés dans des décrets royaux, et établit des distinctions plus claires entre les rôles des princes, des vizirs et des fonctionnaires religieux. Ces réformes visaient à prévenir de futurs conflits internes et à stabiliser les mécanismes de gouvernance, un processus qui, selon les chercheurs, conduisit à une plus grande centralisation et à une ritualisation accrue de l'autorité.
Les fondements économiques de cet âge d'or reposaient à la fois sur le contrôle du commerce maritime régional et l'exploitation des ressources locales. Le poivre, le camphre et l'or continuaient de transiter par les ports de Brunei, comme en témoignent les manifestes d'expédition et les registres douaniers. La maison royale maintenait un contrôle strict sur la fiscalité, les tributs et l'attribution des terres, assurant la richesse de la dynastie et l'embellissement continu des palais, des mosquées et des tombes royales. Ces structures—certaines encore debout, d'autres rappelées par la tradition orale—témoignent de l'héritage matériel de la période.
Pourtant, l'apogée de la Maison de Bolkiah ne fut pas sans ses contradictions. Les mécanismes qui assurèrent la suprématie de la dynastie—centralisation rigoureuse, rituel élaboré et hiérarchie sociale stricte—nourrirent également le ressentiment parmi les branches exclues de la famille royale et exercèrent de nouvelles pressions sur la relation de la cour avec les élites locales. Les registres de la cour et les chroniques ultérieures mettent en lumière des épisodes de dissidence et de troubles, suggérant que la militarisation croissante du cercle intérieur de la cour aliénait parfois d'importantes familles vassales. Ainsi, les germes du déclin futur furent semés même lorsque la dynastie célébrait ses plus grands triomphes.
À mesure que le XVIIIe siècle avançait, de nouvelles et formidables pressions commencèrent à s'accumuler. L'essor d'États malais rivaux et l'empiétement des puissances coloniales européennes, comme documenté dans les traités et la correspondance étrangère, érodèrent progressivement les possessions territoriales de Brunei et modifièrent l'équilibre des pouvoirs dans la région. L'âge d'or de la Maison de Bolkiah, bien que brillant, portait en lui les contradictions et les défis qui allaient définir son prochain chapitre—une période marquée par la contraction, l'adaptation et, finalement, la lutte pour la survie.