La Renaissance s'épanouit brillamment sur Ferrare, et avec elle, la Maison d'Este atteignit l'apogée de son pouvoir et de son influence culturelle. Les archives de la fin du XVe et du début du XVIe siècle révèlent une cour d'une sophistication extraordinaire, présidée par des souverains qui étaient autant des mécènes des arts que des stratèges politiques. Sous la direction d'Ercole Ier d’Este et de ses successeurs, Ferrare s'épanouit en un phare du savoir, de la musique et de l'innovation architecturale — une ville qui attira artistes, poètes et diplomates de toute l'Europe.
La transformation de Ferrare sous les Este est particulièrement évidente dans l'environnement bâti. Le Castello Estense, autrefois une forteresse défensive, fut systématiquement remodelé en une résidence palatiale. Les inventaires et les relevés architecturaux subsistants décrivent de grandes salles ornées de fresques de peintres de cour et des plafonds dorés de stucs complexes. Les nouveaux jardins de la Renaissance, méticuleusement aménagés avec des parterres géométriques, des bosquets d'agrumes et des jeux d'eau, offraient un cadre pour des processions élaborées et des divertissements en plein air. Les récits contemporains décrivent des entrées cérémonielles, des danses et des tournois qui soulignaient la revendication de la dynastie à la fois aux anciennes traditions chevaleresques et aux idéaux humanistes modernes.
La cour des Este devint un aimant pour les figures marquantes de l'époque. Ludovico Ariosto, dont le poème épique "Orlando Furioso" fut présenté pour la première fois à Ferrare, bénéficia du mécénat des Este. Les preuves manuscrites et les dédicaces dans les premières éditions imprimées attestent de la relation étroite entre l'artiste et la cour. Le peintre Dosso Dossi, documenté comme artiste de cour, produisit des œuvres qui évoquent encore la splendeur de cette période — sa palette de couleurs vibrantes et ses thèmes mythologiques reflétant le goût des Este pour l'innovation et le renouveau classique. La vie musicale de la cour était également réputée : les références archivistiques à l'emploi de compositeurs célèbres tels que Josquin des Prez et à l'entretien de chœurs et d'ensembles instrumentaux sophistiqués indiquent une ville à l'avant-garde de la culture européenne.
Les récits documentés de la vie de cour révèlent une interaction complexe d'ambition et d'intrigue. Le mariage d'Ercole Ier d’Este avec Éléonore de Naples en 1473, enregistré dans les sources napolitaines et ferraraises, apporta à Ferrare le raffinement du sud de l'Italie et de nouvelles alliances politiques. L'alliance fut marquée par l'échange de cadeaux luxueux, des festins élaborés et l'introduction de coutumes napolitaines. Leur fille, Isabelle d’Este, devint l'une des femmes les plus influentes de la Renaissance italienne, réputée pour son intellect, son goût et le salon qu'elle tenait à Mantoue. Sa vaste correspondance, conservée dans les archives, témoigne de la tradition Este de mécénat érudit et d'engagement diplomatique. Les chercheurs ont retracé son rôle dans la diffusion de nouveaux styles musicaux et artistiques ainsi que dans les négociations entre cours rivales, révélant l'impact considérable des femmes Este dans le façonnement de la culture de la Renaissance.
Le pouvoir de la dynastie ne fut pas incontesté. La Papauté, méfiante de l'indépendance des Este, manœuvra fréquemment pour réduire leur influence. La Guerre de Ferrare (1482–1484), documentée dans les archives vénitiennes et papales, vit Ferrare assiégée par les forces du Pape Sixte IV et de la République de Venise. Le siège, marqué par la famine et les bombardements, est décrit dans les chroniques comme une période de grandes difficultés pour les habitants de la ville. Malgré de lourdes pertes, la diplomatie habile d'Ercole Ier — évidente dans les traités et la correspondance subsistants — et la résilience de sa cour empêchèrent un désastre total. La Paix de Bagnolo qui s'ensuivit préserva l'autonomie des Este, bien qu'au prix d'un coût territorial significatif, notamment la perte de Rovigo et du Polesine, comme en témoignent les accords frontaliers et les registres administratifs locaux. Les historiens notent que cet épisode accrut la méfiance des Este envers les ambitions papales et influença directement leur politique ultérieure de forger des alliances avec la France et le Saint-Empire romain germanique.
Les réalisations culturelles de la cour furent accompagnées de réformes institutionnelles. Ercole Ier et ses successeurs réorganisèrent l'administration de la justice et promurent la tolérance religieuse. Les registres municipaux et les édits ducaux indiquent des efforts pour favoriser une communauté juive dynamique à Ferrare — une politique inhabituelle à une époque de suspicion et de persécution. Des preuves provenant des registres notariaux et des fondations de synagogues attestent de la construction de lieux de culte et de l'intégration de savants, d'imprimeurs et de marchands juifs dans la vie de la ville. Ferrare devint un refuge pour les Juifs expulsés d'Espagne et du Portugal, et les presses hébraïques prospérèrent sous la protection des Este, produisant certains des textes religieux et scientifiques les plus significatifs de l'époque. Cette politique non seulement améliora l'économie de la ville, mais aussi son climat intellectuel, comme en témoignent les diplomates et les humanistes en visite.
Pourtant, la grandeur de la cour des Este masquait des tensions sous-jacentes. Les rivalités factionnelles, tant au sein de la famille que parmi le patriciat de la ville, éclataient occasionnellement en violence. Le meurtre infâme d'Ugo et Giulio d’Este en 1505, orchestré par le duc Alphonse Ier, est documenté dans les chroniques contemporaines et les procédures judiciaires comme une affirmation brutale de la discipline dynastique. De tels épisodes révèlent le côté sombre du règne des Este : une volonté d'imposer l'unité par l'effusion de sang et de réprimer la dissidence par la force. Ces événements, analysés par les historiens modernes, sont cités comme contribuant à une culture d'instabilité latente sous la surface polie de la cour.
Au fur et à mesure que le XVIe siècle avançait, la Maison d'Este maintint sa position grâce à des mariages calculés, des alliances avec des puissances étrangères et la culture d'une cour cosmopolite. L'architecture de la ville, de la majestueuse Cathédrale de Ferrare au plan urbain innovant de l'Addizione Erculea — une vaste expansion vers le nord commandée par Ercole Ier et attribuée à l'architecte Biagio Rossetti — reste un témoignage de cet âge d'or. Les cartes contemporaines et les registres administratifs illustrent la précision géométrique des nouvelles rues, remparts et palais, reflétant à la fois la fierté civique et la nécessité stratégique. Mais les pressions des menaces externes, l'hostilité papale et la discorde interne commenceraient bientôt à éroder les fondations du pouvoir des Este.
Les cours ensoleillées et les salles scintillantes de Ferrare dissimulaient les premières ombres du déclin. Au tournant du siècle, la survie même de la dynastie serait mise à l'épreuve par des forces échappant à son contrôle — préparant le terrain pour la crise et, finalement, la perte de leurs domaines ancestraux.