Le crépuscule de la Maison de Hauteville fut marqué par le tumulte et la fragmentation, une période dont la complexité est attestée de manière éclatante par les sources documentaires et matérielles. La mort du roi Guillaume II en 1189 – connu sous le nom de Guillaume le Bon – laissa la couronne sicilienne sans héritier mâle légitime de la lignée directe des Hauteville. Cette rupture abrupte de la continuité dynastique précipita une crise de succession qui exposa les fissures latentes sous l'unité apparente du royaume. Les chroniques de l'époque, y compris celles d'Hugo Falcandus et de Richard de San Germano, décrivent constamment une cour déchirée par les intrigues, où les factions rivales manœuvraient pour leur avantage et où les fidèles autrefois loyaux changeaient d'allégeance à la recherche de sécurité ou de profit. Le vide laissé par la disparition de Guillaume II n'était pas seulement symbolique ; il fut ressenti de manière aiguë dans tous les rouages de l'administration, et les rivaux – tant en Sicile qu'au-delà de ses rives – agirent rapidement pour exploiter l'instabilité qui en résultait.
La culture matérielle de la fin du XIIe siècle reflète ces changements de priorités. Les projets architecturaux ambitieux qui avaient défini les règnes de Roger II et de Guillaume Ier – cathédrales, palais et embellissements urbains, notamment à Palerme – cédèrent la place à une concentration sur les ouvrages défensifs. Les études archéologiques documentent une recrudescence de la réparation et du renforcement des murs de la ville et des forteresses durant cette période, indiquant une société se préparant aux sièges et aux désordres internes plutôt que de célébrer sa prospérité. La cour de Palerme, autrefois réputée dans toute l'Europe et la Méditerranée pour sa splendeur cosmopolite, était désormais le théâtre de négociations tendues, de conseils secrets, et de la formation et de la rupture d'alliances. Les registres de la chancellerie royale documentent une forte augmentation de l'émission de décrets d'urgence et de l'octroi de titres et de privilèges dans le but d'assurer la loyauté.
À la suite de la mort de Guillaume II, la couronne passa à Tancrède de Lecce, petit-fils illégitime de Roger II. Sa revendication fut contestée dès le début par Constance, fille de Roger II et dernière Hauteville légitime, qui avait épousé le roi allemand – et plus tard empereur – Henri VI de Hohenstaufen. Les lettres papales et la correspondance diplomatique subsistante de l'époque montrent les efforts frénétiques de Tancrède et de ses partisans pour obtenir la reconnaissance de la Papauté et des puissances voisines, tout en se préparant simultanément à défendre le royaume contre l'intervention allemande. L'incertitude de la position de Tancrède est en outre reflétée dans la monnaie de l'époque, qui affiche des changements iconographiques comme moyen d'affirmer la légitimité.
Le royaume devint bientôt un champ de bataille pour des revendications dynastiques concurrentes. Les chroniqueurs contemporains rapportent l'arrivée des armées d'Henri VI en 1194, accompagnées de mercenaires et de partisans impériaux. La campagne fut marquée par une série de sièges et de représailles, culminant avec le sac de Palerme. Des récits tels que ceux conservés dans les « Annales Siculi » décrivent la violence et le désordre qui accompagnèrent la conquête, y compris l'emprisonnement de la reine Sibylle – la veuve de Tancrède – et de ses enfants. Le traumatisme de ces événements est palpable dans les sources narratives et administratives, signalant une fin abrupte et violente à la souveraineté des Hauteville.
Les racines de l'effondrement de la dynastie, cependant, remontent plus loin. Les souverains Hauteville ultérieurs, en particulier Guillaume Ier – surnommé dérisoirement « le Mauvais » par certains chroniqueurs – firent l'objet de sévères critiques dans les écrits contemporains. Les chroniqueurs documentèrent des schémas d'exécutions arbitraires, de purges de la noblesse et de confiscation de terres baroniales sous prétexte de sécurité royale. Le meurtre de Maion de Bari, le puissant amiral et ministre en chef, est fréquemment cité comme emblématique du climat de suspicion et de trahison qui imprégnait la cour. Les documents de cour et les lettres de l'époque suggèrent que ces purges entraînèrent la fuite d'administrateurs éduqués et l'aliénation de familles puissantes, sapant les institutions mêmes qui avaient soutenu le règne des Hauteville.
Le déclin économique exacerba les difficultés de la dynastie. Les registres fiscaux et les documents commerciaux subsistants indiquent une baisse constante des revenus royaux, une tendance aggravée par les coûts de la guerre et le départ de communautés marchandes clés. Les politiques tolérantes et multiculturelles instituées par Roger II et poursuivies, à des degrés divers, par ses successeurs, commencèrent à se défaire à mesure que le bouc émissaire et la suspicion prenaient racine. Les populations juives et musulmanes, autrefois protégées et jouissant d'une certaine autonomie, furent de plus en plus ciblées par la persécution et les migrations forcées, comme en témoignent les actes notariés et les édits d'expulsion. Cette érosion de la cohésion sociale déstabilisa davantage la base économique et administrative du royaume.
Les conséquences structurelles de ces développements furent profondes. L'autorité centralisée qui avait été minutieusement construite sous Roger II se désintégra à mesure que les barons revendiquaient leur autonomie et que des mercenaires étrangers, souvent impayés, parcouraient la campagne à la recherche de butin. Les registres de cour montrent une augmentation marquée des rébellions locales et de la fortification privée des domaines baronaux. Les codes juridiques innovants qui avaient distingué la Sicile normande – tels que les Assises d'Ariano – furent largement ignorés ou révisés par l'administration Hohenstaufen entrante, qui cherchait à imposer ses propres modèles de gouvernance germaniques. Les schémas de tenure foncière et de justice qui avaient autrefois distingué la Sicile comme un modèle d'ordre et de pragmatisme furent rapidement balayés.
Le dernier acte de l'histoire des Hauteville est celui de l'exil, de la dépossession et de l'extinction. Les membres survivants de la dynastie, dépouillés de leurs terres et de leurs titres, apparaissent dans les registres comme des pétitionnaires auprès de cours étrangères ou comme des entrants dans des ordres religieux, cherchant refuge loin de leurs domaines ancestraux. L'absorption de leurs domaines dans le domaine impérial est documentée dans les registres de propriété des souverains Hohenstaufen. Les chroniqueurs clôturent leurs récits avec un sentiment de perte, pleurant la fin d'une ère qui avait apporté une prospérité et une synthèse culturelle sans précédent à la Méditerranée centrale.
Pourtant, même lorsque le dernier souverain Hauteville tomba, l'héritage de leur dynastie perdura. Leurs réalisations restèrent visibles dans les palais et les cathédrales de Sicile, dans les traditions juridiques qui survécurent sous des formes adaptées, et dans la mémoire d'une société qui avait, pendant un temps, incarné un mélange unique d'influences normandes, arabes, byzantines et latines. Le chapitre suivant explorerait les façons dont la Maison de Hauteville continua de façonner le monde méditerranéen, longtemps après la disparition de son pouvoir politique.