La mort d'Henri VII laissa la Maison de Luxembourg à la croisée des chemins. La fortune de la famille dépendait désormais des capacités et des ambitions de son fils, Jean, dont la jeunesse et l'inexpérience étaient perçues avec scepticisme par de nombreuses cours princières. Pourtant, ce fut précisément ce moment d'incertitude qui propulsa la dynastie dans une période d'expansion spectaculaire, les Luxembourg utilisant à la fois le sang et l'épée pour enraciner leur pouvoir à travers l'Europe.
Jean, plus tard connu sous le nom de Jean l'Aveugle, accéda au Comté de Luxembourg et, par la politique complexe des mariages royaux, acquit la couronne de Bohême. En 1310, il épousa Élisabeth de Bohême, dernière membre de la dynastie des Přemyslides, assurant ainsi son élection comme Roi de Bohême. Cette union apporta non seulement un nouveau royaume, mais aussi les riches terres et les centres urbains de Prague, une ville dont les flèches gothiques et les marchés animés deviendraient bientôt centraux pour l'identité de la famille. Les chroniques de l'époque décrivent l'entrée cérémonielle de Jean et Élisabeth à Prague, un événement marqué par des fêtes publiques et le son des cloches de la cathédrale.
Avec ce mariage, la Maison de Luxembourg devint un acteur incontournable de la politique de l'Europe centrale. La couronne de Bohême offrait l'accès à des mines d'argent, à des routes commerciales lucratives et à une noblesse diverse dont le soutien devait être géré avec soin. Le règne de Jean fut caractérisé par un mouvement constant – il était un monarque plus souvent trouvé sur le champ de bataille ou le terrain de tournoi que dans sa capitale. Les registres indiquent qu'il participa à des dizaines de campagnes militaires, forgeant des alliances avec la France et d'autres grandes puissances par la diplomatie et les armes.
L'expansion de la dynastie ne fut pas incontestée. Des dynasties rivales, en particulier les Habsbourg et les Wittelsbach, virent l'ascension des Luxembourg avec suspicion. La lutte pour le contrôle du trône impérial s'intensifia, chaque maison cherchant à assurer son propre candidat. Les preuves issues des diètes impériales révèlent un schéma d'allégeances changeantes, les Luxembourg s'alliant et s'opposant alternativement à leurs rivaux pour maximiser leur influence. La période fut marquée par des négociations quasi constantes, ponctuées d'escarmouches et de batailles à grande échelle occasionnelles.
Des réformes administratives jouèrent également un rôle dans la consolidation des acquis de la dynastie. Jean et son fils Charles introduisirent de nouveaux systèmes de gouvernance en Bohême, incluant la nomination de fonctionnaires royaux, la codification des lois et l'expansion des domaines royaux. Les documents subsistants indiquent la construction d'hôtels de ville en pierre, de châteaux fortifiés et la fondation de nouvelles villes, tous conçus pour renforcer l'autorité royale. L'essor de Prague en tant que centre politique et économique fut à la fois une cause et une conséquence du règne des Luxembourg, avec des projets architecturaux tels que la Tour du Pont de la Vieille Ville reflétant les aspirations de la famille.
La succession demeura une source constante de tension. La relation de Jean avec son fils Charles était tendue, chacun cherchant à affirmer sa propre vision pour l'avenir de la dynastie. Les récits contemporains décrivent une cour divisée entre des factions loyales au roi et celles qui favorisaient l'héritier présomptif. La question de la succession impériale pesait lourd, Jean et Charles manœuvrant tous deux pour obtenir le soutien des électeurs.
Le point culminant de cette période d'expansion fut l'élection de Charles comme Roi des Romains en 1346, un défi direct à l'Empereur régnant Louis IV de Wittelsbach. L'élection, menée dans l'ombre de la guerre, souligna la volonté des Luxembourg de tout risquer pour la couronne impériale. La fortune de la famille reposait désormais sur l'issue de ce pari, l'empire lui-même vacillant au bord du conflit civil.
Au milieu du XIVe siècle, la Maison de Luxembourg se tenait au sommet de son étendue territoriale. Elle détenait les trônes de Bohême et du Saint-Empire romain germanique, commandait de vastes domaines et exerçait son influence de la Rhénanie aux frontières de la Pologne. Pourtant, sous la surface, les tensions d'une expansion rapide commençaient à apparaître. L'avenir de la dynastie dépendrait de sa capacité à naviguer entre les exigences concurrentes de l'empire, du royaume et de la famille – un défi qui ne ferait que s'intensifier à mesure qu'elle entrerait dans son âge d'or.
Alors que Charles se préparait à assumer le manteau impérial, les Luxembourg faisaient face à la fois à des opportunités sans précédent et au spectre menaçant de la division interne. Le chapitre suivant révélerait si la famille pouvait transformer ses acquis durement gagnés en une grandeur durable, ou si les graines de la discorde saperaient tout ce qu'elle avait accompli.