L'apogée de la Maison de Trastamare arriva avec les règnes d'Isabelle Ire de Castille et de Ferdinand II d'Aragon – connus de leurs contemporains sous le nom de « Rois Catholiques » – dont l'union dynastique en 1469 modifia irrévocablement le cours de l'histoire espagnole et européenne. Leur mariage, l'aboutissement de générations d'alliances calculées et de négociations complexes, ne fusionna pas leurs royaumes au sens moderne, mais établit une double monarchie qui deviendrait le fondement d'une future unification. Les chroniques de la fin du XVe siècle décrivent une cour resplendissante de faste et de protocole, où la grandeur déclinante de la chevalerie médiévale croisait les idéaux naissants de l'humanisme de la Renaissance. La présence de savants humanistes, de traducteurs et d'artistes italiens à la cour est documentée dans les comptes royaux, indiquant les efforts délibérés des monarques pour cultiver le savoir et l'innovation aux côtés de la tradition.
Les résidences royales elles-mêmes incarnaient le prestige et les idéaux de la dynastie. L'Alcázar de Ségovie, avec ses tours et ses voûtes formidables, fonctionnait non seulement comme une forteresse mais aussi comme un cœur cérémoniel du pouvoir royal. Les inventaires de l'époque détaillent des intérieurs somptueux : murs ornés de tapisseries flamandes représentant des scènes bibliques et classiques, sols recouverts de carreaux mudéjars complexes, et armoires débordant de vaisselle d'argent et de manuscrits enluminés. L'Alhambra de Grenade, saisie à la fin de la Reconquista, devint un puissant symbole de conquête, ses palais nasrides ornés étant réaffectés aux souverains chrétiens tout en conservant une grande partie de leur art islamique. Les documents de cour et les rapports d'ambassadeurs décrivent la magnificence des fontaines, des murs stuqués et des jardins parfumés de l'Alhambra – un lieu où le triomphe et l'hybridité culturelle de la dynastie étaient pleinement exposés.
La cour des Rois Catholiques était un théâtre de cérémonies élaborées et de démonstrations d'autorité. Les archives décrivent la chorégraphie rigide des audiences royales, où les suppliants et les nobles naviguaient dans un labyrinthe d'étiquette pour approcher les souverains. Les rituels publics tels que l'auto-da-fé – procédures solennelles de l'Inquisition – étaient mis en scène avec grand faste, renforçant le rôle de la monarchie en tant que protectrice de la foi. L'achèvement de la Chapelle Royale de Grenade, richement ornée de retables dorés et de reliques dévotionnelles, était à la fois une déclaration spirituelle et un mausolée dynastique, ses pierres mêmes étant destinées à projeter la légitimité des Trastamare aux générations futures.
En interne, la dynamique du règne d'Isabelle et Ferdinand fut caractérisée par une interaction complexe de coopération et de discorde. Leur contrat de mariage, conservé à l'Archivo General de Simancas, établit le principe de la souveraineté conjointe : chaque monarque conservait une autorité indépendante dans son propre royaume, mais leurs politiques devaient être coordonnées. Les registres du conseil et la correspondance indiquent que, dans la pratique, des tensions surgissaient fréquemment concernant les nominations, les campagnes militaires et la succession de leurs enfants. La nécessité d'équilibrer les intérêts castillans et aragonais conduisit à la création d'institutions parallèles et de bureaux administratifs dupliqués, une innovation structurelle qui permit l'unité mais engendra souvent l'inefficacité et la rivalité parmi les courtisans. Les historiens notent la présence de factions concurrentes à la cour, chacune cherchant à influencer le couple royal et leurs politiques.
L'apogée des Trastamare fut aussi une ère de profonde transformation pour le tissu religieux et social de l'Espagne. L'établissement de l'Inquisition espagnole en 1478, sanctionné par le Pape Sixte IV, marqua un tournant. Les archives inquisitoriales subsistantes fournissent des preuves de campagnes de grande envergure pour faire respecter l'orthodoxie catholique, examinant particulièrement les conversos – Juifs convertis au christianisme – et plus tard, les Morisques, ou Musulmans convertis. Le tristement célèbre Décret de l'Alhambra de 1492, conservé en castillan et en catalan, ordonna l'expulsion de la population juive d'Espagne. Les chroniques contemporaines et les registres notariaux décrivent des scènes de familles partant avec les biens qu'elles pouvaient emporter, la fermeture abrupte des synagogues et le vide qui en résulta dans les économies urbaines. Marchands, médecins et financiers – dont beaucoup étaient juifs – laissèrent derrière eux une absence palpable, et les documents des conseils municipaux révèlent les perturbations économiques et les changements démographiques qui s'ensuivirent.
La conquête de Grenade en 1492, mettant fin à près de huit siècles de domination musulmane en Ibérie, fut un moment d'une signification symbolique et matérielle extraordinaire. Des chroniqueurs tels qu'Andrés Bernáldez décrivirent méticuleusement la remise cérémonielle des clés de la ville, un rituel investi à la fois de triomphe et de la gravité de la transition. La transformation du paysage urbain de Grenade fut immédiate et complète : les mosquées furent consacrées comme églises, les processions chrétiennes remplacèrent les festivals islamiques, et de nouveaux monuments s'élevèrent pour commémorer la victoire. Les relevés architecturaux subsistants montrent des couches d'adaptation, avec des chapelles gothiques insérées dans des palais islamiques et une iconographie chrétienne superposée aux schémas décoratifs antérieurs. Ces changements reflétaient une stratégie délibérée pour inscrire l'autorité des Trastamare sur le tissu du plus récent territoire espagnol.
Sur la scène internationale, les ambitions d'Isabelle et Ferdinand s'étendaient bien au-delà de la péninsule. Le parrainage du voyage de Christophe Colomb en 1492, méticuleusement consigné dans les registres royaux et la correspondance, inaugura la colonisation espagnole des Amériques. Les rapports ultérieurs des explorateurs et des administrateurs coloniaux, dont beaucoup étaient directement adressés aux monarques, attestent de l'afflux rapide de richesses – or, argent et biens exotiques – dans les trésors royaux. Pourtant, ces nouvelles possessions d'outre-mer posèrent également des dilemmes administratifs et éthiques, comme le révèlent les registres du conseil et les bulles papales, concernant les débats sur la gouvernance, la conversion et le traitement des populations indigènes. Le schéma qui émerge est celui d'une dynastie à son apogée : exerçant une influence sans précédent, mais jetant les bases de futurs défis par l'ampleur même de ses ambitions.
Sous cette surface dorée, des tensions persistantes menaçaient la cohésion de la dynastie. Les disputes de succession, en particulier autour de leur fille Jeanne « la Folle », sont documentées dans les procès-verbaux du conseil et les rapports d'ambassadeurs. Les accès d'instabilité mentale de Jeanne, et la contestation entre les partisans de son mari Philippe le Beau et ceux favorisant son fils Charles, fracturèrent la cour en camps rivaux. Des lettres et des documents juridiques de cette période révèlent une anxiété croissante quant à l'avenir de la monarchie, annonçant les crises dynastiques de la génération suivante.
À l'aube du XVIe siècle, la Maison de Trastamare présidait un vaste et divers empire, s'étendant des Pyrénées aux terres nouvellement découvertes de l'autre côté de l'Atlantique. Leurs réalisations – militaires, politiques et culturelles – étaient monumentales, mais les mécanismes mêmes qui avaient permis leur ascension, des mariages dynastiques à l'unification religieuse, portaient désormais en eux les germes de futures discordes. L'âge d'or touchait à sa fin, et la dynastie se tenait au seuil du déclin, son destin indissolublement lié au monde qu'elle avait si puissamment transformé.