Les XVIIIe et XIXe siècles se déroulèrent comme une période de fragmentation et de crise pour la dynastie salomonide. La cour impériale, autrefois centre incontesté du pouvoir éthiopien, vit son autorité contestée par une constellation de seigneurs de guerre régionaux et de princes rivaux. Cette ère, connue sous le nom de Zemene Mesafint — l'Ère des Princes — fut marquée par un affaiblissement spectaculaire du contrôle central et une prolifération de fiefs locaux. Les archives historiques révèlent que l'idée même d'une Éthiopie unifiée devint ténue, les lignes d'allégeance se fragmentant et la portée du gouvernement impérial se réduisant à une autorité peu plus que symbolique.
Les chroniques contemporaines et les récits de voyage européens détaillent la désintégration du pouvoir impérial alors que les nobles provinciaux, souvent liés à la maison royale par le sang ou le mariage, s'emparaient du contrôle de territoires clés. Ces seigneurs régionaux, connus sous le nom de Ras, établirent des cours quasi-indépendantes, chacun cherchant à étendre sa sphère d'influence aux dépens de ses rivaux et du trône lui-même. L'empereur, réduit à un rôle de figure de proue à Gondar, était fréquemment manipulé, déposé, ou même emprisonné au gré de ces puissants seigneurs de guerre. Les archives de la cour de cette période révèlent une crise de succession d'une ampleur sans précédent : plus d'une douzaine d'empereurs furent intronisés et déposés en une seule génération, alors que des factions rivales se disputaient la domination et la légitimité. Parfois, plusieurs prétendants au trône existaient simultanément, chacun soutenu par différentes coalitions de nobles, de chefs religieux et de serviteurs militaires.
Des preuves matérielles de ce déclin sont visibles dans la dégradation progressive des palais et églises de Gondar. Construits au XVIIe siècle comme emblèmes de la grandeur impériale, ces structures devinrent les témoins silencieux de la détresse de la dynastie. Les voyageurs européens du XIXe siècle décrivirent des cours envahies par les herbes folles qui étouffaient la maçonnerie, des murs en ruine marqués par la négligence et les conflits, et un air de grandeur fanée qui s'accrochait aux vestiges de l'architecture royale. Les cérémonies de cour autrefois magnifiques, avec leurs processions et rituels élaborés, diminuèrent en ampleur et en splendeur. Les observateurs contemporains notèrent que les insignes impériaux — autrefois éblouissants par leur étalage d'or, de soie et d'encens — devinrent de plus en plus usés, reflétant à la fois les difficultés économiques et l'incertitude politique. Les registres fiscaux de l'époque montrent une forte baisse des revenus de l'État, les seigneurs régionaux retenant le tribut et détournant les ressources vers leurs propres caisses. Le trésor impérial, autrefois rempli des butins de conquête et des tributs, luttait pour maintenir même les fonctions de base.
Les menaces extérieures aggravèrent les malheurs de la dynastie. L'empiètement des forces ottomanes et égyptiennes le long de la côte de la mer Rouge força l'État éthiopien à défendre ses frontières avec des ressources décroissantes. L'ascension de l'État mahdiste au Soudan créa une instabilité supplémentaire, les raids transfrontaliers et les alliances changeantes sapant tout sentiment fragile de sécurité. Pendant ce temps, les incursions répétées des Oromo et d'autres groupes mirent à rude épreuve la capacité militaire et administrative de l'empire. Les récits contemporains décrivent des cycles de famine, de peste et de guerre civile, qui dévastèrent la campagne et érodèrent le soutien populaire de la dynastie. La production agricole fléchit, des villages furent abandonnés, et l'ancien réseau de routes impériales tomba en désuétude, isolant davantage le cœur impérial des provinces.
Le XIXe siècle fut également témoin de l'émergence de leaders charismatiques qui cherchèrent à restaurer l'autorité impériale. Parmi eux, Tewodros II se distingue. Parti d'une relative obscurité, il lança une campagne énergique pour réunifier l'Éthiopie et réaffirmer le contrôle central. Son règne, tel que documenté par des sources éthiopiennes et étrangères, fut marqué par des efforts de réforme radicaux — tels que la modernisation de l'armée, la centralisation de la perception des impôts et les tentatives de briser le pouvoir enraciné de la noblesse régionale. L'approche de Tewodros fut, de l'avis général, visionnaire mais impitoyable. Des documents de la cour indiquent qu'il employa à la fois la diplomatie et des représailles violentes, entraînant une aliénation généralisée parmi les nobles et le clergé. Sa campagne pour forger une Éthiopie unique et unifiée se heurta à la résistance, et son règne de plus en plus autocratique engendra de nouveaux cycles de rébellion. Sa mort par suicide lors de la bataille de Magdala en 1868, suite à une expédition punitive britannique, devint emblématique des aspirations et des tragédies de cette période turbulente.
La fin du XIXe siècle apporta une brève résurgence sous des souverains tels que Yohannes IV et Menelik II. La victoire de Menelik sur les forces italiennes à la bataille d'Adwa en 1896 — largement relatée dans les archives écrites et les traditions orales — redonna une certaine fierté et indépendance à la dynastie. La victoire ne fut pas seulement un triomphe militaire, mais une puissante déclaration de résistance contre l'empiètement colonial. Cependant, les preuves suggèrent que les pressions de la modernisation, de l'empiètement étranger et de la dissidence interne continuèrent de hanter la maison salomonide. L'autorité renouvelée du gouvernement central était souvent précaire et dépendait d'alliances délicates.
Le XXe siècle s'ouvrit avec l'accession au trône de Haile Selassie Ier — un souverain dont le zèle modernisateur et la vision internationale restaurèrent brièvement l'Éthiopie sur la scène mondiale. Sous son règne, la cour impériale connut un renouveau partiel de son faste et de son influence. La correspondance d'État et les archives diplomatiques des années 1960 et 1970 indiquent un engagement renouvelé avec les puissances mondiales et des programmes de réforme ambitieux : efforts pour centraliser le pouvoir, réformer le régime foncier et étendre l'éducation. Pourtant, ces projets de modernisation rencontrèrent un succès mitigé. Un mécontentement croissant parmi les étudiants, l'armée et la paysannerie est documenté dans les rapports officiels et les pamphlets clandestins de l'époque. Le fossé entre le centre impérial et la majorité rurale s'élargit, alors que de nouvelles tensions économiques et sociales faisaient surface.
La crise finale éclata en 1974, alors qu'une combinaison de famine, d'effondrement économique et de mutinerie militaire balayait des siècles de règne dynastique. Le Derg, une junte militaire marxiste, déposa et emprisonna Haile Selassie, mettant fin de manière abrupte et violente à la dynastie salomonide. Les derniers échos de la cérémonie impériale s'estompèrent des hauts plateaux, laissant derrière eux les ruines — physiques et institutionnelles — de palais, monastères et traditions autrefois glorieux. Les Éthiopiens, confrontés aux héritages de grandeur et de bouleversement, entrèrent dans une nouvelle ère marquée par l'incertitude et la lutte.
Alors que la poussière retombait sur les ruines de l'empire, les Éthiopiens furent confrontés à des questions urgentes concernant leur identité et leur avenir. L'héritage salomonide, façonné par des siècles de triomphe et de tourmente, demeurait une source à la fois de fierté et de contestation — son influence visible dans la mémoire, les institutions et les aspirations de la nation pour les années à venir.